Un compte courant professionnel garni de plusieurs dizaines ou centaines de milliers d’euros n’a plus beaucoup de sens aujourd’hui. Avec le retour des taux ces dernières années, de nombreuses PME découvrent qu’elles laissent dormir plusieurs milliers d’euros de rendement potentiel sur leurs comptes. Une entreprise conservant 500 000€ de trésorerie non rémunérée peut par exemple renoncer à plus de 10 000€ d’intérêts annuels selon les solutions choisies.
La hausse des taux a permis aux PME de bénéficier d’un rendement correct sur leur trésorerie excédentaire, sans avoir à s’engager dans des voies risquées. Pour cela, il est capital d’identifier ce qui constitue une véritable réserve disponible et ce qui pourrait manquer demain à l’exploitation.
Quelle part de trésorerie est-il réellement possible de placer ?
Avant d’arrêter n’importe quelle décision, le réflexe doit systématiquement être la sécurisation d’un « matelas » de trésorerie capable de couvrir les besoins opérationnels : salaires, charges, TVA, fournisseurs ou imprévus. Tout ce qui est au-delà de ce seuil peut éventuellement être placé. De nombreux DAF et dirigeants fixent la barre entre trois et six mois de charges fixes.
Au-delà, conserver sa trésorerie sans rémunération revient à subir l’inflation sans contrepartie. La question n’est pas de savoir s’il faut placer, mais comment arbitrer entre rendement et disponibilité selon votre cycle d’activité. Il existe des solutions très efficaces pour accompagner les entreprises dans leurs démarches : plus d’informations ici.
Les solutions les plus utilisées par les PME
Les solutions communément utilisées sont assez classiques. Le compte à terme (CAT ou DAT) est une option simple : capital garanti, taux connu en amont et horizon défini. En contrepartie, les fonds restent bloqués plusieurs mois et une sortie anticipée génère des pénalités. Selon les établissements et les durées choisies, les rendements observés oscillent généralement entre 2 % et 3 % brut.
Les fonds monétaires sont plus souples : la liquidité est disponible en J+1, le niveau de risque est faible bien que le capital ne soit juridiquement pas garanti. Dans le cas de trésoreries à très court terme, ils constituent une alternative crédible aux comptes professionnels rémunérés, avec des rendements souvent compris entre 2 % et 3,5 % brut.
Rentabilité ou disponibilité : le vrai arbitrage
Le vrai sujet n’est pas la rentabilité, mais l’arbitrage entre rendement et disponibilité. Une trésorerie mobilisable à tout moment n’est jamais rémunérée comme un capital immobilisé douze ou vingt-quatre mois.
En pratique, la plupart des PME bien pilotées segmentent leur cash en deux poches : une réserve ultra-liquide couvrant 3 à 6 mois de charges fixes, placée sur un fonds monétaire ou un compte rémunéré disponible en J+1, et une trésorerie de moyen terme, immobilisable 6 à 18 mois sur un CAT pour optimiser le rendement. Cette segmentation évite le piège classique : bloquer trop tôt ce dont vous aurez besoin trop vite.
Ce qu’il faut savoir sur la fiscalité
La fiscalité nécessite une attention spécifique. Dans le cas d’une société soumise à l’IS, les intérêts produits par les placements financiers sont intégrés au résultat imposable de l’entreprise. Les revenus de placement deviennent donc des produits financiers classiques et alimentent le résultat courant avant impôt (RCAI).
Attention également aux impacts indirects sur certains indicateurs financiers et, dans certains cas, sur la contribution économique territoriale (CET). Un compte à terme demeure relativement simple à intégrer comptablement. En revanche, certains fonds monétaires peuvent nécessiter une classification spécifique ou des provisions selon leur valorisation.
Les erreurs classiques des PME
Il est commun de constater certaines erreurs. Parmi elles, la première consiste à conserver trop de liquidités improductives afin de se sécuriser. La seconde vise la recherche de quelques points de rendement supplémentaires, sans considérer pleinement les besoins futurs de l’entreprise.
Certaines PME immobilisent par exemple plusieurs centaines de milliers d’euros sur un compte à terme longue durée avant de subir quelques mois plus tard des tensions de trésorerie provoquées par un retard client important ou un investissement imprévu.
À l’inverse, d’autres structures laissent durablement des montants très élevés sur des comptes peu rémunérés, perdant ainsi plusieurs milliers d’euros de produits financiers potentiels chaque année.
En définitive, une trésorerie excédentaire bien pilotée n’est pas un sujet bancaire, c’est un sujet de pilotage. Évaluez votre besoin de liquidité à 3, 6 et 12 mois, segmentez vos excédents en conséquence, et revisitez l’arbitrage à chaque clôture trimestrielle. Les quelques milliers d’euros de produits financiers que vous en tirez ne changent pas votre modèle économique, mais ils prouvent que vous pilotez, et pas seulement que vous gérez.
