Une étude américaine relance le débat sur l’impact de l’intelligence artificielle sur l’emploi.
L’histoire qu’on entend depuis trois ans ressemble à un scénario écrit d’avance. L’IA arrive, remplace les employés et forcément provoque une vague de suppressions de postes. Meta, Amazon, Microsoft, Salesforce ont chacun annoncé des plans sociaux en invoquant l’automatisation.
Le Yale Budget Lab et la Brookings Institution ont épluché les données du marché du travail américain depuis le lancement de ChatGPT fin 2022. Ils montrent que rien dans les statistiques ne prouve que l’IA détruit massivement des emplois.
32 mois de données scrutées à la loupe
Les chercheurs américains ont comparé les métiers exposés à l’IA à ceux qui le sont peu. La répartition des emplois par profession ressemble presque trait pour trait à celle observée avant l’arrivée de ChatGPT.
- Les mêmes secteurs recrutent.
- Les mêmes secteurs licencient.
- Aucun basculement massif n’apparaît sur la période étudiée.
Martha Gimbel, économiste principale du Yale Budget Lab, tempère quand même. Les évolutions sont lentes à mesurer. L’étude montre donc contre toute attente l’absence de séisme dans les chiffres actuels.
22 000 entreprises américaines étudiées
Ramp est une plateforme qui identifie les dépenses des entreprises pour les outils IA. En parallèle, Revelio Labs est un cabinet spécialisé dans l’analyse des effectifs. De ce fait, elles ont croisé les données. Cela a permis à 22 000 sociétés américaines d’être étudiées.
On apprend que celles qui dépensent le plus en IA (aux alentours de 30 dollars par employé et par mois) ont vu leurs effectifs grimper de 10,2 % en deux ans.
Les postes juniors progressent encore plus vite, +12 % sur la même période. Les effets apparaissent entre six et douze mois après l’adoption. Tous les types de postes sont concernés, y compris ceux directement exposés à l’IA comme l’ingénierie, la vente et le support client.
Gros bémol quand même. Ces entreprises étaient déjà plus grandes, plus techniques et en croissance plus rapide avant d’adopter l’IA. Elles étaient souvent financées par du capital-risque.
L’économie est tout de même impactée par l’IA
Les résultats compliquent le récit qu’on entend depuis trois ans sans le contredire complètement. Les grandes vagues de licenciements dans la tech existent. Les recrutements portés par la productivité aussi. Les deux phénomènes cohabitent, on les voit tout de même dans le monde de l’économie.
On veut surtout savoir à quelle vitesse l’IA détruit les emplois. Ceux qui perdent leur poste chez Microsoft ne retrouveront pas forcément un poste équivalent chez un fabricant danois. Le marché mondial de l’emploi ne fonctionne pas comme des vases communicants.
