Ils ont passé deux ans à annoncer la fin du travail de bureau. Les mêmes reculent aujourd’hui.
Mustafa Suleyman a offert le retournement le plus visible. Le patron de la branche IA de Microsoft avait lâché une bombe en février dans le Financial Times. L’IA allait remplacer les cols blancs d’ici 12 à 18 mois. La phrase avait fait le tour du monde. Quatre mois plus tard, invité sur le podcast Decoder de The Verge, Suleyman raconte une autre histoire.
L’IA serait un assistant et non un successeur. Il introduit une nuance qu’il n’avait jamais mentionnée en février. Ses propos de l’époque ne concernaient que des tâches isolées. En février, personne dans l’audience du Financial Times ne l’avait comprise comme ça.
Nvidia et OpenAI sur la même ligne de recul
Jensen Huang est allé encore plus loin. Le patron de Nvidia a qualifié de paresseux le réflexe des entreprises qui annoncent des coupes d’effectifs en brandissant l’IA comme justification. Sa position tient en un mot à savoir la transformation. Les postes bougent, ils ne s’évaporent pas. Venant du dirigeant dont les puces alimentent la quasi-totalité des modèles d’IA sur la planète, l’argument a du poids.
Sam Altman joue une partition voisine. Le patron d’OpenAI a pris la parole sur X pour éteindre l’incendie qu’il avait lui-même contribué à allumer. OpenAI fabrique des outils d’assistance, pas des remplaçants, écrit-il. Il concède au passage que l’impact réel sur les emplois de bureau reste en deçà de ses prévisions. Le même Altman avait déclenché une polémique quelques mois plus tôt en laissant entendre que beaucoup de jobs de bureau ne méritaient pas vraiment le qualificatif de travail face aux métiers manuels. Le rétropédalage est assumé, mais la trace reste.
La peur a fini par se retourner contre le secteur
Le récit apocalyptique sur l’emploi a produit un effet politique que les dirigeants de l’IA n’avaient pas anticipé. Les sondages américains montrent un mécontentement croissant face à la promesse d’un futur piloté par l’automatisation. Quand vous préparez une entrée en Bourse, comme OpenAI et Anthropic le font en ce moment, vous avez besoin de convaincre bien au-delà du cercle des investisseurs technophiles. Le fait de vendre l’IA comme une machine à détruire des emplois devient un handicap commercial.
Le patron d’Anthropic, Dario Amodei, suit le mouvement. Celui qui tenait parmi les discours les plus alarmistes du secteur parle maintenant de gains de productivité pour les postes existants plutôt que de disparition pure du travail.
Par contre, des entreprises comme Standard Chartered annoncent des milliers de suppressions de postes d’ici 2030 au nom de l’automatisation.
