Une étude publiée dans la revue Science, qui porte sur près de 600 000 travailleurs américains entre 2011 et 2024, conclut que le télétravail augmente fortement l’isolement social.
Natalia Emanuel travaille comme économiste à la Réserve fédérale de New York. Elle sait que personne ne veut entendre ce qu’elle a trouvé. La majorité des salariés adorent le télétravail. Certains accepteraient même une baisse de salaire de 4 à 10 % pour le garder. Les enquêtes de satisfaction le répètent année après année. Sauf que les données montrent autre chose quand on regarde au-delà du confort ressenti.
Une heure de solitude en plus par jour de travail
L’équipe de recherche a comparé deux groupes. Les salariés dont le métier peut se faire à distance (développeurs, marketeurs, comptables). Il y a ceux dont le poste exige une présence physique (infirmiers, mécaniciens, chirurgiens). Depuis la pandémie, les premiers passent en moyenne une heure de plus par jour à travailler seuls. Leur probabilité de traverser une journée entière sans aucun contact humain a grimpé de 72 %.
- Pas de bonjour au collègue dans le couloir.
- Pas d’échange avec le serveur de la cantine.
- Pas de sourire croisé à l’épicerie.
On aurait pu imaginer que les télétravailleurs compensent en voyant des amis le soir. Les données montrent l’inverse. Le temps passé avec des proches en dehors des heures de travail a diminué lui aussi. Le télétravail ne déplace pas la sociabilité, il a tendance à la réduire.

Les personnes seules sont les plus touchées
Chez ceux qui vivent seuls, la probabilité de passer toute la journée sans croiser un être humain a bondi de 83 %. Les scores de détresse psychologique, mesurés par l’échelle clinique K-6, ont augmenté de manière significative dans ce groupe.
- Les prescriptions d’antidépresseurs ont grimpé.
- Les consultations chez des professionnels de santé mentale aussi.
Les télétravailleurs n’ont pas davantage consulté de médecins généralistes ni augmenté leurs ordonnances classiques. La hausse concerne uniquement la santé mentale.
Un tiers de la hausse de la détresse psychologique nationale
Les chercheurs estiment que le télétravail explique environ un tiers de l’augmentation de la détresse psychologique observée aux États-Unis entre 2011/2019 et 2022/2024. En 2019, 7 % des Américains travaillaient depuis chez eux. En 2023, le chiffre atteignait 28 %. Le phénomène a quadruplé en moins de cinq ans. Quand on parle de télétravail, on évoque la productivité, les trajets économisés, la liberté retrouvée. Personne ne parle du développeur qui enchaîne les visioconférences depuis sa cuisine et n’a pas vu un visage en chair et en os depuis trois jours. La solution serait l’espace de coworking, mais le coût peut être significatif.
Les auteurs ne demandent pas la fin du télétravail. Ils rappellent que les bénéfices (gain de temps, moins de stress lié aux transports, meilleure alimentation), sont immédiats et visibles.
