Il y a quelque chose de vertigineux à parcourir les treize pages du dernier document d’OpenAI. L’entreprise qui déploie des modèles d’IA toujours plus puissants a publié ce qui ressemble fort à un programme politique.
Sam Altman lève le voile sur les vrais risques
Sam Altman a choisi le média Axios pour accompagner la sortie du rapport. Une cyberattaque d’ampleur favorisée par des modèles d’IA avancés ? Ce serait tout à fait possible dans l’année qui vient. La fabrication d’agents pathogènes grâce à l’intelligence artificielle ? C’est plus qu’une hypothèse. Des mots lourds dans la bouche du patron d’une entreprise qui vient de miser 185 milliards de dollars sur l’IA.
Le document reconnaît noir sur blanc que certains systèmes d’IA « ne peuvent pas être facilement neutralisés ». Pour répondre à ce risque, OpenAI défend la création de protocoles de confinement pour les modèles qui développeraient un comportement autonome et capables de se dupliquer hors de tout contrôle humain. Une perspective que beaucoup rangeaient encore du côté de la fiction il y a deux ans.
Un programme social aussi ambitieux qu’inattendu
Sur le plan fiscal, le texte prend une tournure franchement surprenante. OpenAI préconise une semaine de travail ramenée à quatre jours, sans perte de salaire. Les gains de productivité générés par l’automatisation rendraient le modèle des 40 heures dépassé. La taxation du travail automatisé ainsi que des profits des grands acteurs technologiques serait renforcée, plutôt que d’alourdir la facture des salariés dont les postes disparaissent.
Il propose aussi un fonds national de richesse publique. Il pourrait être alimenté par une fraction des bénéfices du secteur IA, dont les rendements seraient donnés directement aux Américains. À quoi s’ajouterait un système de « comptes portables » qui rattacherait retraite, couverture santé et avantages sociaux à l’individu plutôt qu’à son employeur pour traverser les transitions professionnelles que l’automatisation rend inévitables.
Un rapport qui arrive au bon moment pour OpenAI
OpenAI n’avance pas seule sur ce terrain. Jensen Huang chez Nvidia, Sam Altman lui-même ou encore Dario Amodei chez Anthropic militent depuis plusieurs années pour un revenu universel de base et un raccourcissement du temps de travail. Amodei a publié en janvier un essai alertant contre une super intelligence « difficile à contrôler », potentielle source d’un « danger existentiel ».
Le timing du rapport mérite qu’on s’y arrête. OpenAI prépare son introduction en bourse pendant que le Congrès américain s’apprête à légiférer sur l’IA. Calcul ou bonne foi ? Les deux lectures coexistent sans forcément se contredire. Quand l’incendiaire commence à distribuer des extincteurs, mieux vaut vérifier que le contenu n’est pas de l’essence.
