Le jargon d’entreprise nuit à la performance selon cette étude

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Dans certaines entreprises, des expressions semblent s’imposer comme une norme, comme créer des synergies, penser out-of-the-box ou encore activer des quick wins qui font désormais partie du vocabulaire courant.

Mais derrière ces formulations, une question se pose : ce langage reflète-t-il réellement une expertise… ou masque-t-il des lacunes plus profondes ?

Le bullshit d’entreprise passé au crible scientifique

Menée par le chercheur Shane Littrell à la Cornell University, cette étude s’intéresse à ce que les spécialistes appellent le bullshit d’entreprise, ce qu’on pourrait aussi définir par un discours managérial creux, saturé de mots à la mode mais pauvre.

Pour analyser ce biais, le chercheur a conçu un générateur de phrases volontairement vides, destinées à paraître inspirantes. Ensuite, ces phrases ont été proposées à 1 000 salariés. Par la suite, ces mêmes participants ont été confrontés à des situations qui demandent de prendre une décision et de résoudre des problèmes.

Les résultats montrent que les participants les plus réceptifs à ces discours sont aussi ceux qui obtiennent les moins bons résultats. D’après l’étude, ils ont même tendance à choisir les solutions les moins efficaces, et montrent même des capacités d’analyse beaucoup plus faibles.

Un marqueur de faiblesse ?

L’étude fait suite à des travaux scientifiques qui associent la sensibilité à ce type de langage à un déficit de la pensée critique et d’un manque de culture générale.

Le chercheur indique même que ce phénomène toucherait même des profils très qualifiés, dans des domaines comme la finance, le marketing ou les ressources humaines.

Par ailleurs, il semblerait que les salariés qui évoluent dans des environnements où le jargon est la norme sont plus susceptibles de s’y conformer, voire de le reproduire eux-mêmes dans certains cas. Un comportement qui peut à la fois traduire une volonté de s’intégrer, mais aussi de répondre à des attentes implicites…

Un risque pour les entreprises et leurs salariés

Au delà des performances individuelles, cette tendance pose un plus gros problème pour les organisations, car ce langage très flou aurait tendance à nuire à la clarté des échanges, et il pourrait même freiner la prise de décision collective.

Par ailleurs, les profils les plus expérimentés, souvent plus sensibles à ces dérives, peuvent se détourner de ces environnements, lassés par un manque de communication claire et opérationnelle.

Enfin, l’étude suggère que ce recours au jargon relève parfois d’une stratégie d’image. Certains collaborateurs l’utilisent pour compenser un sentiment d’insécurité ou pour projeter une apparence de compétence, dans une dynamique qui contribue à entretenir ce phénomène dans le temps.

Toutefois, ce langage peut paradoxalement produire des effets positifs à court terme, comme une perception accrue du charisme des managers, un sentiment d’inspiration ou même une adhésion plus forte aux objectifs de l’entreprise. Des bénéfices qui restent superficiels face aux impacts mesurés sur la performance réelle…

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